Ecriture

 


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Fleurs
Le cœur éclate et dissémine les graines comme constellations virevoltantes d’un univers floral, répliques colorées et coloriantes de nos vibrations neuronales dans le sans-fin du vivant.

Arlette Chappard - 2012

 

 

Flowers

The heart bursts scattering seeds as swirling galaxies in a floral universe; vivid replicas colouring the vibrations of the brain with the promise of eternity.


Translation  Mavis Wilson

 



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FLEURS
Aurore bleue lavée de nos songes
Les fleurs de pensées éclosent
Sur les chemins de craie,
Le sillage d’un rêve effacé
Pâleur d’asphalte, avalant le vide
Si près, si dense, une présence
Epiderme tendu tel une toile immense
Appelant le trait, la couleur et la forme
Un sourire au front du monde,
Lumières de glace et de feu
Effeuillant la peau des choses
Pétales de verre
Sous nos mains inconscientes
Luisant d’existence
Eclaboussés comme un printemps
Fragiles éphémères aux lignes parfaites
Brassées de sens et de vie
Pleurant la fraîcheur des matins.


Isabelle Helio-Hosten

 



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Commentaire de "Eros et Thanatos" 

 

De passage à Bordeaux, je viens de découvrir Eros et Thanatos, c'est tellement "important" artistiquement que je l'ai mis sur mon mur avec le commentaire spontané qui m'est venu à l'esprit. Je trouve que cette peinture colle à notre époque où la science avance dans la genèse de la vie, un travail très difficile et pourtant abouti.

Le "principe de vie" est, ici, capté dans l'accouplement des lignes et des couleurs, c'est le résultat, tout à fait rare, d'une création portée par un  long chemin de culture et d'éthique. J'ajouterai  que c'est l'œuvre somptueuse d'un regard qui transmute les particularités : dessin des feuilles, ligne des profils en particules d'une réalité universelle  ....

 

Arlette Chappard - 2011

 

 


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A propos de "Hercule"

 

A l’entrée dans cette immense étable où les anciennes stalles en bois de chêne sont entourées des toiles et des objets que tu as peints, Armando, on est pris par un vaste et puissant tourbillon de couleurs, de joie, de transparence et d’amour.

L’ensemble de tes œuvres rayonne ce que tu es, un visionnaire des passions humaines, chaleureuses, confiantes, et parfois endeuillées par la mort ou la trahison.

Plus avant, on découvre aussi l’éclat de ta force et de ton énergie qui explose, en particulier dans la thématique d’Hercule.

Et voici qu’apparaît le lien entre la transparence et la puissance, entre la joie, la confiance et l’énergie de ton œuvre. Cette force naît de ton émerveillement devant l’être humain doté d’une capacité insondable d’aimer qui lui permet de transporter des montagnes et de changer le monde par sa confiance dans la lumière et la transparence de la beauté.

Dans cette étable immense tu as su mettre en scène ce que chaque jour, le soleil à son lever nous révèle : une joie qui s’élève, un hymne à la lumière, et à la couleur, jaillissant du plus profond du cœur humain.

Merci à toi, Armando, de nous offrir ta vision des mystères de l’amour, de la lumière et de la nuit, sans laquelle nous ne verrions pas la lumière.

 

Isabelle Orgogozo Tenière - Buchot - 2010

 

 


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Un jour le duende

 

Un jour le duende

Le duende, esprit de la création

Descendu plus grand que l'âme

Ici sur la terre le vent taillait
Des espaces, des mots, toutes les histoires
Se firent paisibles
Devant tant de gloire.

D’autres déserts
D’autres vécus
Nourriture de ma mémoire

Viennent à ma rencontre
Et des bras énormes
Enserrent mes veines
Les chairs, les corps.

Les souvenirs bondissent

Chevaux sauvages,
Crapauds de couleurs
Fils de la voix
Qui raconte sans peine
Des histoires affreuses
D’êtres déjà morts

Mais aujourd’hui je tremble
Sur cette folle plage
Sans issue
Sans limite
Et soudain sur le sable

Le duende,

Face à mon visage blanc

Muet étonnement…  

Accrochant images sur images
Pour continuer vivant
Face au péril
De perdre l’ultime bien
Que je garde
Mon âme

 

Dernière monologue de l'opéra   « Gulliver »


Armando Bergallo - 2010

 

 


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Arlette

Finalement à mon âge, c'est le moment ou jamais d'exprimer ses sentiments le plus honnêtement. Dans ce texte destiné aux écrits du site "Armando..." n'est évoqué que son nom mais Fred garde aussi une grande place dans cette estime.

"Le temps, heures après heures avec tout ce que l'on a vécu, aimé, admiré, appris, énigmes sans clé, tout est jeté dans le vide du blanc. De ce jeu, depuis l'enfance toujours répété, surgit un monde coloré avec enfin, une vérité apaisante. Mais l'expérience vite épuisée, demande sans cesse à être renouvelée...
       Un jour, je suis entrée dans le lieu d'Armando Bergallo, les portes ouvertes sur un monde de culture, joyeux, beau, sans frontières et là, j’ai retrouvé "le jeu magique" porté à son excellence.
       Alors, je dis qu'Armando est bien mon ami d'enfance que je connais depuis toujours, nous avons souvent visité les amis de Florence, Madrid, Grenade et bien d'autres..; Nous avons fui "les ogres". S'il fait des châteaux en Espagne, j’irai dans toutes les pièces de l'édifice accompagnée de son rire contagieux. C’est mon ami d'enfance que je choisis avec respect et affection."
       .
El  tiempo, horas, tras horas con todo lo vivido, querido, admirado, aprendido, enigmas sin llave, todo se echa sobre el vacío de lo blanco. De ese juego, desde la infancia, siempre repetido, surge un mundo pleno de color traduciendo,  por fin, la verdad apaciguante. Pero, la experiencia pronto agotada, pide ser renovada siempre.
       Un día, entré en el lugar de Armando Bergallo, las puertas abiertas sobre un mundo de cultura, alegre, hermoso, sin fronteras, entonces encontré de nuevo "el juego mágico" llevado hasta su excelencia.
       Entonces, digo que Armando es verdaderamente mi amigo de infancia que conozco desde siempre, muchas veces, visitamos a los amigos de Florencia, de Madrid, de Granada y a muchos otros... Huimos a los "ogros". Si hace castillos en España, iré a todos los cuartos acompañada de su risa contagiosa. Es mi amigo de infancia que escojo con respeto y cariño."

Arlette Chappard - 2010

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Juan-Carlos Moretti

 

Avant de vous quitter je voudrais vous parler d’une image qui vient de surgir dans ma mémoire.

Deux enfants patinent sur la chaussée brûlante.

Ils rient aux éclats.

Ils patinent dans la lumière du soleil d’un été sans fin.   Les étés semblent interminables quand on est un enfant.

Les deux amis se tiennent par les mains et font des sauts périlleux.  Et ils rient, ils rient…

Qui sait ?   Peut-être c’était ça le bonheur : jouer et penser que la vie était sans fin, qu’elle durait,  des fois,  plus que l’été.

Les enfants patinent et les voisins les regardent.   Un spectacle improvisée, beau et gratuit.   Il faut faire des belles choses.    Et avoir un public est très excitant.

D’autres rires, d’autres pirouettes.

Les enfants rient, patinent en dessinant des cercles, s’amusent.

Leurs vêtements blancs deviennent transparents dans la chaleur de l’été.  Les enfants disparaissent.   La rue se vide.

Je dois m’en aller.

Mais j’entends encore leurs rires.

C’était un homme bon…

C’était un homme bon…

C’était un homme bon.  Ma main a lâché la sienne.  Le saut était risqué.

Mais nous aimions prendre des risques….

Le premier témoin de cette vie est disparu, à jamais….

Maintenant il est temps de partir.

 

Extrait du dernier monologue du spectacle « Alice »


Armando Bergallo - 2009

 

   

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ALICE à Lalandusse

 

Romaric en vol

Aérien mais rigoureux

Maintenant il dort.

 

Julien a surgi

Concentré et généreux.

Duende noir et blanc

 

Julien est blessé

Assis lance amer ses mots

Marie joue pour lui.

 

Romain roc peut tout

Vertical, horizontal

Puissance et nuances.

 

Marie : grâce et dons

Elle aide, écrit et pense

Enjouée, songeuse.

 

Danse d’Armando

Ondoyante et gracieuse

La douleur domptée.

 

Regard d’Armando

Qui ressemble à la douleur

Tellement intense.

 

Matilda s’avance

Port de reine, longue robe

Guidée par son chant.

 

Guido est trop beau

Pour être photogénique

Je le lui ai dit.

 

Tim Mark Tim Lesley

Vos noms sont la mélodie

Matilda l’accord.

 

Exultation

Premier filage, danse folle,

On a le duende.

 

Là-haut, dans le doute,

Harangueuse de chaises,

J’invente mon rôle.

 

Dryade sylvestre,

La conteuse disparaît

Mais la robe est là

 

Seule, il fait nuit

Dans la grange désertée

Les décors s’animent

 

Trouble de la fiction

Agathe échappée du film,

Alice incarnée

 

On n’est pas content,

C’est moins bien, le doute règne

Il faut travailler

 

On ne se voit pas

Ni ne sait. Cadeau des larmes,

Résurrection.

 

Là dans les coulisses

Agathe apprend la patience

Fertile attente.

 

La danse des ombres

Réinvente le tableau

C’est pure magie.

 

Armando le dit :

« Se jeter dans la piscine »

Un jour on le fait.

 

Un jour le miracle

Fluidité, plénitude

On est si fragiles.

 

On est bien ensemble

Grand corps vivant, travaillant

Et on est bien seuls

 

Ruche, phalanstère,

On a oublié notre âge

Comme atemporels.

 

Magie de ce lieu

Songe d’une nuit d’été

Génie des forêts.

 

Jean-François et moi,

Nous avons vu un chevreuil

Glisser dans le pré.

 

Cuisine, ô lieu phare

Fragrances, épices, oignons doux

Où Freek règne en maître

 

Pierre et bois, tableaux

Pots de peinture, partout

Lits dans la nature

 

Sous l’œil de Montaigne

Son regard vif, presque dur,

On s’est maquillés

 

Nos amis anglais

Parlent très bien le français

A certains moments.

 

Voix, couleurs, musique

Dans le ventre de la grange,

Les arts font l’amour.

 

Des anges circulent

Chacun reconnaît les siens

Dans cette maison.

 

Envolée de plaines

Collines livrées au ciel

Clouées par le chêne

 

Manger ? Regarder ?

Table tableau, paysage

Petit déjeuner.

 

Il suffit d’un pas

Pour s’élancer dans le ciel

Epouser la terre

 

On n’a pas besoin

De dépasser la frontière

Du chêne, tout est là.

 

Nés de la peinture

En ses métamorphoses

Les Duendes l’exaltent.

 

Alice-Eurydice

Duendes-Orphée triomphant

Célébrant la vie.

 

Ce n’est pas de naître

Mais de renaître qu’il s’agit

Vocation d’Alice

 

Vogue le navire

Hors du temps notre aventure

Arrimée au chêne

 

Armando, Alice.

Une main sur une épaule

Face au mal du monde

 

Nuit d’août amicale.

Visages versés au ciel

Où file l’amour.

 

Françoise Morin - 2009

   


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De Paloma sobre « Salomé » y « Alicia »


“…Si la vida con toda su cotidianeidad, con sus alegrías y sus miserias, tal como le escuchamos día a día en la clínica es un Imaginario, son Uds. los artistas los que en realidad la muestran más que decenas de bibliotecas de psicoanálisis. Y que alguien pueda producir belleza a partir de sus fantasmas, angustias y toda la peripecia de un recorrido - bastante tumultuoso por cierto - como lo estás haciendo tú, realmente es gratificante. Tomando una frase tuya de hace muchos años - no sé si siquiera la recuerdas - "Yo ya no tengo derecho a sorprenderme", y que he repetido muchas veces, digo que es entusiasmante sentir que puedo sorprenderme y volver a sorprenderme cada vez que veo tus pinturas…”

 

 

“…Las metáforas de Alicia y Salomé son fuertes y creo que de eso se puede escribir cuando se ha pasado por situaciones límites de dolor y angustia y el dolor se puede mirar en la vereda de enfrente. Volví a la página Web y vi nuevamente los dibujos. Es increíble como el lenguaje de la imagen se empalma con la letra casi como un palimpsesto…”

 

“…¿Esa eclosión de color y movimiento, ese niño durmiente...soñante? que sirve de mágico telón de fondo al hombre maduro en toda una actitud de recogimiento y meditación. Veo tus pinturas y siento que aquella búsqueda tenaz de belleza que te impulsaba en tus años adolescentes, búsqueda que implicaba un compromiso que no aceptaba renunciamientos, llega ahora a su madurez. No es poca cosa eso que lograste. Va más allá del éxito y el reconocimiento, muy merecidos por cierto, pero esto que percibo es algo de una consistencia, de una estofa diferente. Es todo un universo del cual en cierta medida fui testigo, junto con otros, en los momentos del Big Bang. No sabíamos lo que iba a salir de todo eso, cada cual hizo lo suyo a su modo, pero uno, - tú - le da genialmente esa forma…”

 

Alba Medina Rios, Escritora, Psicoanalista – 2009

 

   

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Sobre « Salomé » me escribe Paloma, una gran amiga de Urugay

 

“…Ahora puedo pensar en Salomé, puedo pensar en tí, Yiyo, y en esa lectura que tu hacés de Salomé. Esa desatanización del personaje que la tradición cristiana ha estigmatizado como una muestra de la lujuria y el crimen. Tu hablás de tu necesidad de seducir a toda costa en el despertar de tu sexualidad - ¡qué solos que estábamos todos en ese tiempo! - la necesidad de ir más allá de los límites de una sociedad que también estigmatizaba todo lo que se saliera de sus sórdidos carriles...”

 

“…Tu hablás de tu necesidad de seducir. Es también tu necesidad de amor, que alguien pudiera amarte, eso es decir aceptarte con todas tus luchas, con todos tus desgarros. Me parece fascinante tu lectura de Salomé, ese rescate del personaje maldito por dos mil años de patatería cristiana. Pero hay algo que yo quiero agregar, en la Salomé histórica que nos brinda la Biblia, no en la que crece en la imaginación de los artistas que la fueron pintando de acuerdo a sus proyecciones, si leemos entre líneas, podemos ver la víctima inocente del mandato de una madre terrible que en un primer momento la obliga a obedecer el pedido de su incestuoso tío, Herodes, y después, ante la oferta del rey de que pidiera lo que quisiera, "que hasta la mitad de su reino le daría", ella nuevamente pregunta a su madre "Madre, que pediré? y la orden, el mandato no se hace esperar:"Pide la cabeza de Juan el Bautista", y ella obedece imposibilitada de rebelarse. Para mí en Salomé, también está la víctima, como ha estado dentro del cristianismo la victimización de todo lo femenino o de todo lo que reclamaba y reclama vivir. No sé si esto es un aporte, pero quería enviártelo, porque también en un momento nos sentimos perseguidos, quizás por eso cerramos filas en un grupo tan endogámico. Tu Salomé es un canto de color y pasión, de tragedia y dolor, pero no sé si el personaje siniestro de Herodías está para hacer más patente aún su lucha, sus contradicciones, sus vacilaciones y su dolor. Hay mucho más para decir y compartir. Brindo ahora contigo nuevamente, ya que se acerca un nuevo año. Un beso grande a los dos y por lo que pude ver, por lo que trasmiten las imágenes, Salomé tiene una fuerza que conmueve”.

Tu fuerza Yiyo. Hasta pronto. Paloma.

 

Alba Medina Rios, Escritora, Psicoanalista – 2008

 

   

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Dernière lettre de Juan-Manuel à l’adolescent

 

Je ne suis pas coupable de ta douleur

Je t`ai aimé entre ta magie et de ma confusion

Ta passion m`a empli de nouvelles sensations

Ma vie monotone a changé

Je ne me suis pas rendu compte

Jusqu`au moment ou les autres

M`ont crié

« Ce pas possible ! »

« Ne le regarde pas! »

Ce que j’ai ressenti à l`intérieur de moi-même

Personne ne le sait

C`est un secret que je dois oublier

Mais toi

Tu te souviendras de moi

Moi, je dois disparaître

Mais toi

Ta vie sera remplie

Moi, je me tairai pour toujours

Pendant que notre sang continue à battre

Quelque part

Dans un autre corps

Peut-être

Dans notre mémoire

 

Le soleil de l`après-midi caresse notre quartier tranquille

Les meubles de ta maison

Sont partis dans un grand fourgon

Je ne me souviens pas de sa couleur

J`ai vu ta grand-mère s`éloigner

Dans une voiture bleue

Conduite par ton père

Et toi

Je ne t`ai pas revu

Ma journée de travail a été longue

Je me sens fatigué

Je vais prendre une bière

Avec les amis

Au café

 

Adieu Yiyo

 

Extrait de l’opéra « Salomé »


Armando Bergallo – 2007

 

    

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Salomé à la vie à la mort.

 

“La terre est comme un tourbillon de lèvres mortelles. La vie creuse devant nous le gouffre de toutes les caresses qui ont manqué” Antonin Artaud (L’art et la mort)

 

Quel est ce cri ? Qui appelle dans le noir de la nuit ? A qui s’adresse cette plainte, ces incantations amoureuses,  ces mots de fureur et de désespoir ? La voix module dans les plis obscurs de l’intime, elle dit l’éveil du désir, elle chante, elle supplie, elle promet beauté et douceur. Elle déplie un à un ses voiles, elle se met à nu, elle est une voix qui  s’enflamme, qui danse. C’est une voix  qui jouit.

J’ai écouté récemment cette voix, un soir, celle d’Armando Bergallo, enregistrée sur bande magnétique en 1983,  improvisant “sa” version  de Salomé, en anglais, français, espagnol. Bouleversant.

 

D’où vient la fascination qu’exerce ce personnage féminin, cette jeune fille orientale à peine pubère qui se transforme, au gré de l’imaginaire et des fantasmes des poètes,  peintres,  musiciens qui l’ont revisitée au cours des siècles, en femme fatale, séductrice, délirante et buveuse de sang ? En réalité c’est le texte d’Oscar Wilde (1891) et surtout l’Opéra de Richard Strauss (1905) dont le livret s’est inspiré, qui ont forgé le mythe au début du XXe siècle, à l’époque où l’on connaissait déjà Freud, Wedekind, Klimt et les premiers expressionnistes. Mais ils ont été précédés par beaucoup d’autres, Mallarmé, Flaubert, Gustave Moreau, les romantiques allemands, les peintres italiens de la Renaissance et du Baroque, Titien, Le Caravage pour ne citer que les plus célèbres.

Car la pure adolescente du texte biblique, dansant devant Hérode pour son anniversaire, se révèle en fait  possédée par une folle passion pour un être inaccessible  - dénommé Jokanaan en hébreu et Jean-Baptiste pour la chrétienté - dont elle entend la voix avant d’apercevoir le corps, ce prophète du désert, emprisonné pour ses idées, fauteur de trouble, qui lance des imprécations, mais refuse d’entendre Salomé, de croiser même son regard.

L’apothéose du désir inassouvi, c’est la terreur. Salomé, jouant du serment que lui a fait Hérode, ira jusqu’à faire décapiter celui qu’elle aime d’un impossible amour et se jettera sur sa bouche ensanglantée pour un ultime baiser, avant d’être tuée à son tour. “J’ai baisé ta bouche, Jokanaan”. Même la lune est devenue rouge.

Pourquoi tant de violence ? Pourquoi tout ce sang ? Salomé n’incarne-t-elle pas l’indéchiffrable et angoissant mystère de l’enfant qui devient femme, désirante, donc dangereuse, qui se met à saigner et fait saigner le sang des hommes ? Le sang circule dans le corps, comme la musique de la voix, c’est peut-être le moyen symbolique le plus direct d’exprimer la vie et la mort ensemble. Eros et Thanatos, encore. Transe et transcendance. Mais aussi métaphore de la création artistique.

 

Armando Bergallo est depuis toujours fasciné par l’histoire de Salomé. Des peintures, des sculptures, un texte improvisé, une première performance en 1983 en témoignent. Il a envie aujourd’hui de reprendre l’idée, d’interroger encore les méandres de la passion et de proposer une nouvelle version musicale et plastique, de “sa” Salomé bien aimée.

Salomé à la vie à la mort.                                     

 

Françoise Séloron, journaliste, écrivain - 2006

 

     

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